Biomicroscopie à la lampe à fente : pourquoi un seul protocole ne suffit pas
Oct 14, 2026Parce qu’il n’existe pas une seule routine en biomicroscopie, il en existe plusieurs..
Par Marina Barthe
La lampe à fente, appelée aussi biomicroscope, est un outil fabuleux :
- Microscope : oui, c’est avant tout un microscope, qui permet de grossir sur les structures oculaires que l’on souhaite observer, une technique qui existe depuis fort longtemps : si tu veux mieux voir, ben tu grossis. Mais impossible de concrètement voir des anomalies cornéennes, ou cristalliniennes !
- + fente de lumière : mais ce n’est qu’en en 1911 qu’Allvar Gullstrand (ouais, le même que tes formules de BTS) a eu l’idée d’observer les structures transparentes de l’œil avec une fente lumineuse !
- = Lampe à fente !! De 1930 à 1950 s’en suit des évolutions techniques pour créer notre lampe à fente moderne de nos jours. Un microscope, de la lumière, une fente, des bras articulés et maniables, et des gadgets comme les filtres, orientation d’axe, variateur de lumière, largeur et hauteur de fente. Un bijou de technologie pour tous ceux qui aiment regarder les nonoeils.
Ce qu’on appelle la biomicroscopie, ce n’est pas seulement l’art de manier une lampe à fente, c’est surtout de savoir quoi rechercher, comment les voir, ce qui permet de confirmer ou d’écarter nos hypothèses.
La biomicroscopie, c’est surtout savoir quoi chercher
Faire une biomicroscopie pour faire une biomicroscopie n’a aucun sens. C’est un outil que l’on utilise pour rechercher des origines à des symptômes pour nos porteurs en lentilles de contact. Si quelqu’un vient pour renouveler son ordonnance de lentilles de contact, l’opticien-optométriste se doit de faire automatiquement une réfraction pour cet acte (c'est la loi!), le bon sens professionnel voudrait que plutôt que de renouveler bêtement une correction, nous portions une attention particulière au bon fonctionnement de la lentille de contact (qui est un dispositif médical de classe IIa), et bon respect de la santé oculaire, afin d’en informer son ophtalmologiste si quelque chose ne va pas.

Supercontacto qui se dit que cela peut être un problème de surface de lentille,
ou problème mécanique, ou problème de sécheresse,
il appliquera son protocole pour balayer toutes ces hypothèses
Tout se joue à l’histoire de cas, ou anamnèse, cette étape où le professionnel opticien-optométriste va poser multiples questions afin de faire émerger (ou pas !) des symptômes, émettre des hypothèses, et savoir quoi rechercher en biomicroscopie pour confirmer ou infirmer cette hypothèse.
Et quand tu sais quoi rechercher, tu vas appliquer le protocole de routine le plus approprié, en y ajoutant des éclairages optionnels pour compléter ta prise en charge.
Exemple :


Supercontacto qui voit une jolie néovascularisation cornéenne en rétro-illumination du limbe. Faire cet éclairage à tout le monde n’a pas de sens, mais le faire dans les moments où il y a un risque de développer cette complication : oui.
À chaque scénario son protocole
Il est ridicule de passer 30 ans à faire tous les éclairages de biocmicroscopie pour tout le monde, il vaut mieux se créer ses protocoles en fonction de ce que vous recherchez.

- La personne vient pour se faire équiper en lentilles ?
- Protocole de bilan pré-équipement
- La personne me parle de sécheresse
- Protocole sécheresse
- La personne vient pour un examen visuel
- Protocole classique
- La personne se plaint d’inconfort lentille
- Protocole de contrôle lentille
- La personne vient avec une plainte spécifique
- Appliquer l’éclairage le plus appropriée pour visualiser les hypothèses auxquelles vous pensez
- La personne porte des lentilles sclérales
- Protocole contrôle lentilles sclérales
- Etc…
Chaque situation demandera son protocole de biomicroscopie, car ce que l’on recherche sera toujours différent. Avant d’arriver à ce niveau là, il faudra que vous connaissiez parfaitement les anomalies cornéennes, tous les éclairages de lampe à fente et lesquels faire pour les visualiser. Savoir quand faire une coupe optique, savoir comment caler l’angle de son biomicroscope pour bien mettre en valeur une anomalie cornéenne, savoir quelle quantité lumineuse vous mettez dans un éclairage, quel grossissement vous utilisez pour telle ou telle structure. Car oui, ce n’est qu’une fois que les techniques de base, couplées à une parfaite connaissance de l’anatomie cornéenne sont bien sues, que vous pourrez déployer vos protocoles de compétition.
Comment se créer ses protocoles ?
Les protocoles de base sont ceux que l’on vous enseigne dans les écoles d’optiques post-BTS, et vous étoffez ce protocole en fonction de l’expérience que vous gagnez dans votre pratique, vos stages, vos formations, la participation aux congrès.
Par exemple, mon protocole de sécheresse change souvent en fonction des découvertes scientifiques du TFOS et de la littérature, de l’expérience des professionnels de l’ACOS, des TIPS dénichés dans des formations et les congrès. Tous ces évènements post-diplômes sont les moyens les plus efficaces pour enrichir nos protocoles, nos connaissances, et faire de nous des meilleurs professionnels pour nos porteurs.
Le meilleur conseil que je peux vous donner :
- Reprendre la base du protocole concerné
- Se former sur les spécialités que vous souhaitez enrichir, par exemple :
- Sécheresse
- Lentilles de spécialité
- Dépistage
- Tester son protocole
- Être à l’aise avec
- Suivre les congrès, médias spécialisés pour toujours être à jour dans notre pratique
- Implémenter son protocole avec les différents Tips, et/ou découvertes scientifiques
- Le tester à nouveau
Même si 85% du protocole est le même que celui de base, ce sera les 15% qui feront de vous un spécialiste plus pointu qu’un autre.
Finalement, être à l'aise en biomicroscopie ne consiste pas à enchaîner mécaniquement tous les éclairages que l'on a appris à l'école. Il faut être structuré, méthodique et surtout savoir ce que l'on cherche, pour choisir la technique d'observation la plus pertinente selon la situation clinique.
C'est justement cette méthodologie que je souhaite transmettre dans la formation Biomicroscopie appliquée à la contactologie de Studio Optométrie. Elle s'adresse aux professionnels qui possèdent déjà les bases de la biomicroscopie, et qui souhaitent consolider leur pratique clinique. On y reprend la méthodologie des différents éclairages, puis surtout, on l'applique à travers de vrais cas cliniques, avec photos et vidéos, pour apprendre à identifier les anomalies et savoir comment les rechercher en pratique.
L'objectif : enrichir progressivement ton expérience clinique, gagner en assurance devant la lampe à fente et passer du « je sais faire cet éclairage » au « je sais quand, pourquoi et comment l'utiliser ».
Et surtout… il faudra aussi relever les challenges de Super Contacto. 😉
Auteur : Marina Barthe, Optométriste
