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Episode 7 • Ma pratique en praticienne indépendante : bousculer les codes du côté obscur pour le bien des patients • Marina Experience

marina experience Dec 24, 2025

 Vous vous souvenez, dans l’épisode 5, quand j’ai dit que j’avais envie de secouer les cocotiers sur Bordeaux ? 🌴🌴


Eh bien… c’est exactement ce que j’ai fait.

Avec une bonne dose d’audace – et je ne vais pas vous mentir, pas mal de stress aussi – j’ai décidé de me lancer en libéral. À l’époque, le contexte était tendu : certains syndicats répétaient que l’optométrie ne pouvait pas se pratiquer en magasin, qu’il fallait séparer prescription et vente. Ce qui est totalement absurde quand on sait que, dans le reste du monde, l’optométrie se pratique naturellement dans un cabinet intégré au magasin d’optique. MAIS BON... Vaste débat, dont je ne partage absolument pas l'avis d'ailleurs.

Plutôt que d’attendre qu’un poste me permette de pratiquer comme je l’entendais, j’ai choisi de créer mon propre cadre d’exercice. Quitte à être une des rares en France à faire ce choix-là. Dans la vie, il faut oser !

 

Le choix du libéral

Mon objectif était clair : proposer uniquement de la prestation de santé visuelle.
J’ai donc choisi de débuter sous le régime de la micro-entreprise en tant que profession non réglementée (un des avantages d'être non réglementé 😉 ), en étant accueillie dans un magasin mais avec une structure totalement indépendante — comme un audioprothésiste qui exerce dans les locaux d’un opticien.

J’ai investi dans du matériel, dans ma visibilité (site internet, annuaires professionnels, démarchage des ophtalmologistes), et j’ai commencé à construire ma patientèle… en partant de zéro.

Les premiers mois, j’avais parfois un ou deux rendez-vous dans la journée. Mais j’ai tenu bon. Comme me l’avait dit un ostéopathe : « il faut trois ans pour construire une patientèle ». Et il avait raison : au bout de trois ans environ, ma pratique s’est stabilisée. Huit ans plus tard, mes journées sont pleines, avec plus d’un mois d’attente pour obtenir un rendez-vous.

 

Sortir de sa zone de confort

Une pratique indépendante, ça veut dire aussi se confronter à des cas techniques complexes. Des patients envoyés par des ophtalmos, qui avaient déjà tout essayé, et pour qui il fallait trouver une solution. Parfois, je me suis retrouvée face à une lentille ou une situation que je ne connaissais pas. Mais quand la personne a confiance en vous, il faut gérer. Et ça, c’est formateur.

Au fil du temps, j’ai pris conscience de ce que signifie être un professionnel de santé à part entière. Les remerciements des patients, leur fidélité, leur reconnaissance : c’est ce qui donne envie de continuer, même quand le chemin est difficile.

Les débuts avec les ophtalmologistes n’ont pas toujours été simples. Certains m’ont soutenue, d’autres m’ont ignorée, et parfois, j’ai même été accueillie de façon humiliante (y'en a même qui m'ont fait pleurer tellement c'était méchant). Mais je n’ai jamais rien lâché. Et ironie de l’histoire : plusieurs de ces mêmes cabinets, des années plus tard, m’ont finalement envoyée des patients. Comme quoi, les mentalités évoluent… lentement, mais sûrement.

Mon expérience m’a aussi menée à collaborer avec un cabinet d’ophtalmologie, pour développer un pôle de contactologie. Un nouveau challenge, très différent du libéral pur : patients plus exigeants, contraintes organisationnelles, adaptation aux cas extrêmes (fortes myopies, pathologies rares…). Ce fut une étape difficile, mais incroyablement enrichissante, qui m’a permis de progresser encore plus techniquement.

 

Le sens d’une pratique indépendante

Au fond, une pratique libérale, c’est avant tout une pratique indépendante
C’est exercer son optométrie et sa contactologie comme on l’entend, avec la vision qu’on veut porter, et ne pas se laisser dicter sa manière de faire.

Après, être indépendant c'est aussi une responsabilité importante. Avec le recul, jamais je ne me serais lancée sans Licence + à minima le DU Pathologie + expérience auprès d'un ophtalmologiste. On est forcément confronté à des cas de complications où on doit gérer et prendre les bonnes décisions. C'est personnellement le message que je fais passer à ceux qui souhaitent s'installer.

La réglementation ? Elle est ce qu’elle est, souvent floue. Mais ce qui est clair, c’est qu’on a le droit de renouveler des lentilles de contact — et qu’avant de renouveler, on doit contrôler la réfraction, c'est clairement inscrit. À mes yeux, renouveler sans vérifier la lentille, son encrassement, sa dynamique, son respect physiologique, la surface oculaire, c’est dangereux. Le minimum, c’est de s’assurer que le dispositif médical n’abîme pas la surface oculaire, et de référer le patient si besoin. Faut arrêter sérieux, c'est pas non plus outrageux comme pratique que de regarder si le dispositif médical que tu renouvelles est sain pour la personne 😑.

C’est d’ailleurs ce que recherchent beaucoup d’ophtalmologistes : avoir en face d’eux un professionnel de confiance, qui renouvelle correctement, qui suit, et qui oriente quand il le faut.

 

Un message plus large

L’histoire de l’optométrie dans d’autres pays est parlante. Au Canada, les optométristes ont d’abord pratiqué, pratiqué, pratiqué… avant même qu’une réglementation n’existe. Comme les ostéopathes. Et ce sont les pratiques de terrain, devenues évidentes, qui ont ensuite poussé les politiques à légiférer.

En France, il se passera la même chose. Si nous sommes présents sur le terrain, si nous travaillons déjà en collaboration avec les autres professionnels de santé, alors un jour les politiques suivront.

Donc j'ai envie de vous dire :
- Oui, pratiquer ou être indépendant comporte des risques
- Oui, on est critiqué 


Mais tant qu’on travaille sérieusement, dans les clous, avec des collaborations intelligentes, on a toute notre place.

 

Et la preuve, ce sont mes patients. Des gens reconnaissants, fidèles, qui savent qu’ils trouvent chez moi un suivi qu’ils n’ont pas ailleurs. Peu importe que ce ne soit pas remboursé par la Sécurité sociale : ce qu’ils veulent, c’est de l’efficacité, de la sécurité, et une vraie prise en charge.

Au fond, c’est ça une pratique indépendante : assumer ses compétences, créer sa voie, et contribuer à transformer le système de l’intérieur.

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